Abuja , L’image est saisissante. Ce mardi matin, la sénatrice Natasha Akpoti-Uduaghan, encadrée de plusieurs soutiens, s’est présentée devant les grilles du Parlement fédéral, décidée à reprendre son siège au Sénat, après quatre mois de suspension. Mais la présence dissuasive d’un cordon de policiers armés a vite transformé cette tentative en bras de fer symbolique avec les institutions.
Suspendue en mars dernier pour six mois, à la suite de graves accusations de harcèlement sexuel portées contre le président du Sénat, Godswill Akpabio, Natasha Akpoti-Uduaghan avait pourtant obtenu gain de cause devant la justice. Le 5 juillet, un tribunal fédéral avait jugé cette sanction « excessive » et ordonné sa réintégration immédiate, estimant que son éviction privait sa circonscription de toute représentation.

Mais au Parlement, cette décision de justice semble n’avoir guère de poids. Les autorités sénatoriales affirment qu’il ne s’agit que d’un « avis non contraignant ». Pire encore, elles rappellent que la sénatrice a été reconnue coupable d’outrage pour avoir évoqué publiquement l’affaire, malgré une interdiction de s’exprimer imposée par la chambre haute. Une amende, toujours impayée, accompagne cette condamnation.
Pour Natasha Akpoti-Uduaghan, la manœuvre est claire : il s’agit d’un harcèlement institutionnel déguisé. « Je ne suis pas accusée de corruption, de détournement, ni de crime. Mon seul tort est d’avoir dénoncé ce que je subis. Je suis une élue, pas une criminelle », a-t-elle martelé face à la presse, dénonçant une mandature sénatoriale « parmi les plus honteuses que le Nigeria ait connues ».
L’affaire Natasha Akpoti-Uduaghan dépasse désormais la seule querelle personnelle. Elle illustre un malaise profond : celui d’une démocratie nigériane où les rapports de force entre les pouvoirs exécutif, judiciaire et législatif semblent de plus en plus déséquilibrés. L’impossibilité pour une élue, munie d’une décision judiciaire favorable, de reprendre ses fonctions interroge sur l’indépendance réelle des institutions et sur la volonté politique de protéger les voix dissidentes, surtout lorsqu’elles sont féminines.
Alors que l’opinion publique nigériane se polarise sur cette affaire, les organisations de défense des droits des femmes et des libertés démocratiques appellent déjà à un sursaut. « Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement le destin d’une parlementaire, mais celui de la justice et de la vérité dans notre pays », résume un analyste politique à Lagos.
]]>Natasha Akpoti avait été écartée pour avoir publiquement accusé le président du Sénat, Godswill Akpabio, de harcèlement sexuel. Une décision qu’elle avait dénoncée à la tribune de l’Union interparlementaire des Nations Unies à New York, qualifiant sa suspension d’illégale et de punitive.
Mais la victoire judiciaire de la sénatrice est partielle. Dans le même jugement, la Cour l’a condamnée à une amende pour avoir violé une injonction de silence imposée aux deux parties dans cette affaire sensible.

Une lettre d’excuses ironique qui ne passe pas
Le point de friction : une lettre publiée il y a neuf semaines sur ses réseaux sociaux, dans laquelle la sénatrice présentait des « excuses » au ton ouvertement sarcastique à l’adresse du président du Sénat. Extraits :
« Quelle négligence de ma part de ne pas avoir compris que mon refus d’accéder à vos requêtes n’était pas un choix, mais une violation des lois non écrites sur les droits de certains hommes. »
« Veuillez trouver dans votre cœur la force de pardonner une femme qui a cru à tort avoir gagné son siège par des élections, et non des érections. »
Ces propos, jugés provocateurs, ont conduit la justice à lui imposer la publication d’excuses officielles sur ses réseaux sociaux ainsi que dans deux journaux nationaux, dans un délai de sept jours.
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