L’ancien commandant de l’armée ivoirienne est poursuivi, aux côtés d’une dizaine de co-accusés, pour des faits graves : « actes terroristes, attentat et complot contre l’autorité de l’État ». Le ministère public base notamment son accusation sur des vidéos diffusées en ligne en 2020, dans lesquelles on aperçoit un homme en treillis militaire, présenté comme Fofana, exhortant les forces de l’ordre à désobéir et à protéger les opposants à un troisième mandat du président Alassane Ouattara.

« Je vois quelqu’un qui me ressemble, mais avec les technologies d’aujourd’hui… », a tenté de se défendre l’accusé, tout en reconnaissant que les décorations visibles dans les images étaient bien les siennes. Cette ligne de défense a irrité le président du tribunal, qui l’a pressé de répondre plus clairement.
Autre pièce à conviction : des conversations téléphoniques entre Abdoulaye Fofana et l’ex-sergent Eugène Ahoba, dans lesquelles le premier aurait évoqué le recrutement d’anciens militaires. Les deux hommes parlent de simples « échanges entre camarades ». Pour le parquet, ces faits témoignent d’une volonté manifeste de saper les institutions à l’approche de l’élection présidentielle.
Les avocats de la défense dénoncent un dossier à charge construit sans preuves matérielles solides. Ils réclament l’acquittement de leurs clients. Le verdict du tribunal est attendu pour le 28 juillet 2025.
]]>Arrêté en mai 2022 à Abidjan après trois années d’exil en France, Fofana aurait, selon l’accusation, préparé une tentative de déstabilisation du pouvoir en place. Mais pour la défense, ce procès est avant tout une manœuvre politique visant un ancien haut responsable de l’État aujourd’hui dans l’opposition : Guillaume Soro.
À la barre, Abdoulaye Fofana reconnaît être rentré en Côte d’Ivoire clandestinement, via le Burkina Faso et sous une fausse identité. Il affirme toutefois que son retour avait une seule motivation : revoir son père mourant. Mais ses explications n’ont pas convaincu le parquet.

Le procureur souligne notamment les contacts de Fofana avec plusieurs militaires avant son arrivée à Abidjan. L’ancien commandant s’en défend : « Je prenais juste des nouvelles ». Des déclarations jugées peu crédibles par l’accusation, qui évoque un homme « habitué aux réseaux et aux intrigues militaires ».
Le président du tribunal relit certains procès-verbaux : plusieurs co-accusés y affirment que Fofana évoquait ouvertement un projet de coup d’État. Des propos désormais rétractés par les intéressés. « Des rumeurs, des on-dit », balaie l’accusé, en soulignant l’incohérence du dossier : « On ne fait pas un coup d’État sans moyens. Là, il n’y avait rien. »
Pour Me Kadidja Touré, avocate de Fofana, le procès est « vide ». Elle dénonce une procédure instrumentalisée pour atteindre un autre homme : « Ce qu’on reproche à mon client, c’est d’être proche de Guillaume Soro. C’est un procès politique. »
Le tribunal rendra sa décision le 28 juillet 2025. Quelle que soit l’issue, ce procès symbolise un climat politique ivoirien encore marqué par les tensions post-crise et les fractures entre anciens alliés du pouvoir.